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Les Moralia

L'ouvrage le plus ancien conservé à la Bibliothèque de Chalon-sur-Saône est le manuscrit des Moralia in Job ([Rés. MS 7 à 9) de Saint Grégoire le Grand.

Il a été achevé en 1134, sous l’abbatiat de Barthélémy (1134-1160), au scriptorium* de l’abbaye de La Ferté-sur-Grosne, fondée en 1113 et première fille de Cîteaux.

Il fut copié, d’une seule main, par le copiste, Pierre de Toul, dont le nom figure au colophon*, ce qui est rare pour un manuscrit cistercien, mais nous ne savons rien de lui.

Grégoire le Grand (ca 540-604) est l’un des quatre docteurs de l’Eglise (avec Ambroise, Jérôme et Augustin). Il a diffusé l’enseignement de Saint Augustin et laissé de précieux renseignements sur Saint Benoît dont la règle constitue la base de la réforme cistercienne.

Les Morales (ou Moralia) sont un commentaire exhaustif du Livre de Job. Ces morales furent très importantes au Moyen Age ; chaque abbaye se devait d’en posséder un exemplaire. Manuel de théologie morale et d’ascétisme, il s’agit d’une triple exégèse : littérale, mystique et morale.

Le Livre de Job figure dans l’Ancien Testament. Il fait partie des sept livres sapientiaux (traitant de la sagesse) de la Bible*, comme les Psaumes par exemple. Ces livres exposent sous la forme imagée de fables, contes, proverbes ou paraboles, ce que doit être la conduite et la piété envers Dieu.

Juste et craignant Dieu, Job est un homme fortuné qui perd soudain sa famille, sa fortune, sa santé et ses amis, Dieu mettant ainsi sa foi à l’épreuve. Malgré les conseils de rébellion, Job garde confiance en Dieu et celui-ci qui lui rend tout.

Dans les Morales, Job est le symbole de la patience et de la soumission à Dieu.

Saint Grégoire le Grand

Morales sur Job

La Ferté-sur-Grosne, 1134.

3 vol.

Parchemin. 231 f. 2 colonnes ; 45 x 31,5 cm.

Reliure veau XVIIIe siècle.

Provenance : abbaye de La Ferté-sur-Grosne

[Rés. MS 7 à 9

Reliure du dos et du plat du premier volume

Le manuscrit de la bibliothèque de Chalon se présente en trois imposants volumes in folio, ce qui représente au total 614 feuillets en parchemin*. On peut estimer que la fabrication de ce parchemin a nécessité les peaux de plus de 300 bêtes.

La reliure en veau n’est pas d’origine mais a été refaite au XVIIIe siècle. On peut cependant apercevoir des traces de l’ancienne reliure sur les premiers et les derniers  feuillets de chaque volume.

Lettrine U décorée [MS 7 feuillet 3, recto

Lettrine U décorée [MS 7 feuillet 3, recto

Lettrine Q

Les trois volumes sont abondamment décorés de lettrines enluminées* : les seize premiers livres comportent des initiales ornées*, à partir du livre XVII apparaissent des initiales historiées*.

L’ornementation est très riche (rinceaux, feuillages, ornements géométriques, éléments zoomorphiques, etc.).

Le décor relèverait de deux enlumineurs. Le premier aurait réalisé les initiales du premier volume et les deux premières initiales du deuxième tandis que le second aurait peint les autres initiales ornées et les initiales historiées.

Au folio 50 du deuxième volume, la première de ces initiales historiée, la lettre Q, est traitée en pleine page et marque le début du livre XVII. Elle représente le Christ en gloire ou Christ en majesté, vêtu d’une robe et d’un manteau, soutenu dans sa mandorle par deux couples d’anges.

Il s’agit de la représentation du retour glorieux du Christ, à la fin des temps, pour le Jugement dernier. Cet état de gloire est symbolisé par la mandorle (auréole ovale en forme de demi-coque d’amande entourant la personne du Christ). Il est représenté de face assis bénissant de la main droite et tenant de l’autre l’Evangile.

Les dessins sont au trait à l’encre brune, aux contours accentués, rehaussés de couleurs se détachant sur un fond de couleur réalisé en peinture posée en aplat.

Lettrine P historiée [MS 9 feuillet 55, verso

Lettrine P historiée [MS 9 feuillet 55, verso

On peut penser que le manuscrit de la bibliothèque de Chalon a été copié d’après les Moralia de Cîteaux en raison notamment de ce traitement particulier du début du livre XVII que l’on retrouve dans le manuscrit 173 de la Bibliothèque de Dijon.

L’influence de Cîteaux se retrouve  également dans la présence du livre de Job en tête du commentaire de Saint Grégoire et dans le fait qu’il s’interrompt, comme pour l’exemplaire de Cîteaux, au même verset, ainsi que par la présence de quatre vers en fin de chaque volume.

Quant au répertoire ornemental il serait puisé dans celui des différents styles des enluminures de Cîteaux. En revanche il n’y a pas de similitude pour les thèmes iconographiques : pour l’exemplaire de La Ferté l’illustration est en rapport avec le texte, pas pour celui de Cîteaux.

Voir d’autres enluminures

 

* Vous pourrez trouver des explications et des informations sur les termes et les noms portant un astérisque, en allant sur les rubriques de Comprendre le patrimoine.